Papa

Les pères n'ont pas à imiter les mères

Un professeur de l'École de psychoéducation de l'Université de Montréal élabore une théorie sur la relation d’activation.

Dans les années 30, le biologiste Konrad Lorenz mettait au jour un phénomène bizarre en montrant que des oies l'avaient adopté comme père du seul fait qu'il était le premier être vivant qu'elles avaient vu après l'éclosion. Un lien analogue existe chez les mammifères et même chez les humains, où il a donné naissance à la théorie de l'attachement.

Selon cette théorie, l'attachement que l'enfant manifeste à la personne qui lui prodigue les soins de base et qui répond à ses besoins affectifs, assure sa protection et sa survie en maintenant une relation de proximité; il s'agit là d'un besoin aussi vital que celui d'être nourri. Daniel Paquette, professeur à l'École de psychoéducation de l'Université de Montréal, a enrichi cette approche en élaborant sa propre théorie dite de la « relation d'activation ».

Comportements exploratoires

Dans la théorie de l'attachement, l'enfant vient chercher du réconfort auprès du parent lorsqu'il est en détresse ou ressent de l'insécurité. Cette théorie minimise l'importance des comportements exploratoires de l'enfant et c'est sur cet aspect que l'approche de Daniel Paquette met l'accent. Son approche porte en fait sur l'activation des comportements exploratoires modulée par le type de relation que le parent établit avec l'enfant. Le modèle tient compte à la fois de la stimulation à explorer l'environnement, ou même à prendre des risques, et de l'intervention disciplinaire si l'enfant est trop téméraire.

Selon le chercheur, cette approche, issue de la psychologie évolutionniste, est mieux adaptée au rôle que joue le père dans le développement de ses relations avec l'enfant.

Le numéro de janvier-février 2010 de la revue Early Child Development and Care, totalement consacré à l'attachement père-enfant, fait une bonne place aux travaux de Daniel Paquette et souligne qu'il s'agit là d'une percée dans le domaine de la théorie de l'attachement. Le professeur et son collègue Marc Bigras (UQAM) y présentent une procédure d'observation du comportement exploratoire d'enfants âgés de 12 à 18 mois permettant d'évaluer la relation d'activation.

L'enfant, accompagné d'un de ses parents, est placé dans trois contextes qui le mettent face à un risque social (l'intrusion d'un adulte étranger dans son environnement immédiat), un risque physique (un escalier avec des jouets au sommet) et un interdit (interdiction, par le parent, de remonter l'escalier après que l'enfant l'a gravi de lui-même une première fois).

Garçons davantage « activés »

La théorie de la relation d'activation prévoit que les pères vont activer le comportement exploratoire davantage que les mères et que cette activation sera plus marquée chez les garçons. C'est ce qu'ont montré les résultats de l'étude.

« L'ensemble des mises en situation révèle que le père a tendance à activer le comportement exploratoire plus que la mère en étant moins protecteur, affirme Daniel Paquette. Moins le parent est protecteur, plus le comportement exploratoire de l'enfant est activé ou même suractivé. Les enfants stimulés de façon optimale, c'est-à-dire explorateurs et respectueux de l'interdit, sont à 71 % des garçons. Quant aux enfants qui ne prennent pas d'initiatives risquées, se sont des filles à 70 %. »

L'une des façons d'observer le comportement des parents dans ces mises en situation repose sur la distance à laquelle ils se tiennent lorsque l'enfant tente de grimper l'escalier. « Pour que l'enfant prenne de l'assurance, le parent ne doit pas être trop près de lui ni trop éloigné s'il doit intervenir en cas de danger; la distance idéale dans ce contexte est une longueur de bras, précise le chercheur. Ce rapport de distance est apparu statistiquement très significatif chez les pères, mais non significatif chez les mères. »

Selon le professeur, les évaluations de l'attachement parent-enfant faites à l'aide de la théorie classique de l'attachement ne font pas ressortir ces différences sexuelles chez les parents et les enfants. C'est pourquoi il estime que son approche est mieux adaptée à l'observation du rôle du père tout en tenant compte non seulement du tempérament de l'enfant, mais aussi des pratiques parentales qui modulent la relation d'activation. « Entre les enfants optimalement encouragés et ceux qui le sont trop, le degré d'impulsivité est le même, mentionne-t-il. La différence de comportement peut donc être attribuée au type d'intervention des parents qui module les tendances déjà présentes. »

Pour Daniel Paquette, il ne fait pas de doute que les pères et les mères interviennent de façon différente dans l'éducation des enfants et que cette complémentarité profite à l'enfant. « Même si les deux parents changent les couches et donnent le biberon, ils ne le font pas de la même manière, soutient-il. En stimulant l'exploration, la prise de risque contrôlée et la compétition, le père apporte quelque chose qui lui est propre et l'enfant va avoir un meilleur développement si les deux parents interviennent en fonction de leurs différences respectives. »

À son avis, l'activation est également à encourager chez les filles et le chercheur souhaite que les mères et les pères en arrivent à moins les surprotéger et s'adonnent même à des jeux de bataille avec elles.

Texte provenant de l’Université de Montréal

Source

Forum, Université de Montréal

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