Papa

Les flattouilles

Il est 20:00 et je viens de coucher ma belle Ariane. Bain, brossage de cheveux et de dents. Gros câlin et bonne nuit. « Oui, mais papa, tu oublies mes flattouilles! » Mais où avais-je la tête?

Assurément, je peux compter sur ma grande de 7 ans pour me rappeler notre rituel quotidien. Vous dire l’importance pour nous deux de ce moment passé ensemble. Il y a déjà quelque temps de cela, un soir où j’étais fatigué de ma journée, je mis Ariane au lit et lui annonçai simplement que papa était fatigué et qu’il ferait les flattouilles le lendemain. Sans attendre, Ariane me répondit d’un ton interrogatoire et inquiet : « Mais papa, tu ne m’aimes plus? » Oups, le message avait été fort mal reçu, mais cela me montra comment ses flattouilles comme elle les appelle lui étaient importantes. Inutile de vous dire qu’il n’en fallait pas plus pour que je sente un petit coup d’adrénaline monter en moi et qu’elle reçoive ses caresses tant désirées.

Mais qu’en est-il vraiment de ces moments privilégiés, de ce contact kinesthésique parental et de ses impacts?

Il vous semblera peut-être curieux venant d’un professeur en massothérapie que je vous dise que la technique n’est vraiment pas la chose la plus importante. Ce qui compte le plus, c’est la qualité de notre présence auprès de l’enfant. Certes, la technique facilite le contact, mais au-delà de ce fait, c’est le savoir-être avant le savoir et le savoir-faire qui doit dominer. La technique enrichit le moment et nous change de la routine. Mais ce que votre enfant retirera de ses flattouilles, c’est avant tout votre présence si réconfortante.

À ce titre, je ne pourrai assez vous conseiller de ralentir la vitesse de vos manœuvres. Au moment de s’endormir, on parle plus de flattothérapie qu’autre chose. En fait, plus le contact sera progressivement lent, plus il facilitera le passage au sommeil. Vous serez surpris de constater comment il devient plaisant de masser lentement. On se sent soi-même habité par une grande détente. Peut-être décrocherez-vous vous-même de votre longue journée.

Pour ce qui est de la technique, n’hésitez pas à questionner votre enfant sur ses préférences. Ariane aime bien les lents grattages de dos ou les effleurages à fleur de peau. Et que dire de son appréciation du massage de son contour d’oreille? J’entends déjà les interrogations. N’est-ce pas un peu trop… sensuel? Où est ma limite? Qu’est-ce que ça sera quand elle sera un peu plus vieille? Etc.

Oui, c’est vrai, ces questions nous interpellent. Elles nous renvoient plus souvent à notre propre vécu que celui de nos enfants pour qui ces moments sont une nourriture affective. À vous de voir et de respecter vos limites comme celles de votre enfant. Devenir parent, c’est aussi se demander ce qu’on a ou qu’on n’a pas reçu lors de notre propre enfance. C’est réaliser qu’on peut avoir besoin d’aide pour devenir le parent que l’on souhaite être.

Comme pour tous autres problèmes, je compte toujours sur la communication pour éclairer la situation. C’est justement l’absence de communication qui laisse place à toutes sortes d’interprétation par la personne laissée pour compte. Je me souviens, alors étudiant en massothérapie, le récit d’une amie étudiante quant à sa relation avec son père. Lui qui avait toujours été proche de sa fille pendant sa jeunesse, avait coupé assez brusquement le toucher dans sa relation père-fille. Mon amie m’avait confié comment cela l’avait grandement affectée.

Par chance, nos valeurs et nos façons de faire changent à la lumière d’études qui confirment l’importance du toucher chez les petits et les plus grands. Il n’y a pas si longtemps, il était interdit de toucher à un enfant prématuré placé dans un incubateur. Maintenant, la méthode kangourou demande au père et à la mère de placer son enfant peau à peau sur soi. On a remarqué que chez ces enfants un gain de poids plus rapide et un moins grand taux d’hormone de stress. Dans une étude avec les bébés singes, ceux-ci avaient le choix d’aller vers une poupée de broche qui avait une bouteille de lait ou d’aller vers une poupée plus douce de chiffon, mais sans nourriture. Les bébés singes préféraient la poupée douce qui était plus à l’image de leur mère.

La prochaine étape à laquelle je travaille maintenant est d’amener le massage à l’école élémentaire où on enseigne aux enfants à se masser entre eux. C’est avec plaisir que je vous en reparlerai un peu plus tard. D’ici là, je vous invite à cette si belle communion qu’est le massage. Pas besoin de grandes manœuvres. Même sans mouvement, le contact s’établit, le courant passe. Vous pouvez faire de légères compressions de la main et relâcher. Masser les pieds pour les enfants moins « toucheux » peut être une avenue intéressante.

Comme à chaque fois que je termine, Ariane lève son petit doigt en m’indiquant de son index, « encore un petit peu S.T.P. »! Comment refuser! Bon massage.

Pierre Blais

Massothérapeute, maître-formateur à la Méthode Bonapace, accompagnant à la naissance

Massothérapeute spécialisé en périnatalité, maître-formateur à la méthode Bonapace, accompagnant à la naissance et enseignant en massage pour la femme enceinte, Pierre Blais a également été l’instigateur de l’utilisateur des chaises de massage en centres de naissance. Réservant sa pratique privée aux femmes enceinte, il fait maintenant la promotion du massage en eau chaude, un traitement tout à fait adaptés à la femme enceinte. MassageAction, 514-766-3373 ou 1-800-989-3373. massageaction@sympatico.ca

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