Papa

Je suis un papa adopté!

Je ne suis pas père depuis bien longtemps. Pour certains, je n’en suis même pas un. Peut-être parce que je ne l’ai pas appris par un cri. En fait, j’ai été adopté il y a un peu plus de quatre ans.

Avant cette aventure que l’on nomme scientifiquement la paternité, j’étais orphelin d’enfants. J’étais célibataire. Je rêvais. Un jour, je suis tombé amoureux de mon amoureuse. Nous étions contents de nous être trouvés. C’était magique et vrai. Elle avait deux enfants. Elle allait me les présenter. C’était nécessaire, je m’apprêtais à mettre le pied, non pas dans une vie, mais dans trois vies. Elle et moi étions conscients que la décision de la suite, c’était les enfants qui la détenaient.

Le jour J

Souhaité et appréhendé, à la fois, le jour J arriva. Puis, dans une magie semblable à notre récent voyage à Disney, ils m’ont adopté, un samedi matin de février pendant un pique-nique familial au beau milieu du salon. JeuneFille avait cuisiné des œufs avec moi, montée sur une petite chaise de couleur pour être à la bonne hauteur. JeuneHomme avait accepté que j’examine attentivement ses petites autos de Flash McQueen. Nous avions regardé le film Up!, avec la voix de Charles Aznavour, collés sur le divan. Mon amoureuse souriait. Je n’étais plus orphelin. C’était bel et bien décidé, ce jour-là, que je devenais leur papa adopté. Une sorte de papa bonus, car ils ont aussi un père. Ils, JeuneFille et JeuneHomme, avaient décidé.

Un long processus

Le processus d’adoption fut la première phase. La suivante allait être beaucoup plus complexe et nécessiterait sans doute une petite dissertation sur le monde des dinosaures si je voulais vraiment vous ennuyer. Mais si je fais court, ce n’était pas tout d’être adopté, car il est très facile de retourner à la case départ rapidement. Devenir le papa bonus de deux enfants, ça peut aussi ressembler drôlement à l’adoption d’un petit chien. Le nouveau papa, on le trouve cool, alors on le garde à la maison. Mais qu’arrive-t-il s’il n’écoute pas? S’il n’est pas propre? Facile, il se retrouve au chenil. Oups!

Eh oui, on entre dans une famille existante comme sur un terrain miné, ou presque. Il ne faut pas perdre de vue, qu’eux, ils existaient déjà en famille avant l’arrivée du papa bonus. Ils ont de l’expérience, ensemble, dans leur rôle respectif. Facile donc de paniquer en s’apercevant qu’on se doit de devenir le papa idéal en un rien de temps, surtout si on se place soi-même la barre très haute. Difficile aussi de ne pas se comparer au « vrai papa », même si ce dernier a bénéficié de quelques années pour en arriver à ce qu’il est, lui. Mais moi, je me retrouvais papa adopté et, à la seconde près, je devais agir et être un papa avec de l’expérience avec ces deux enfants précisément. Je voulais bien réussir. Pas pour épater la galerie. Je voulais, tout simplement, nous quatre avec pas mal de bonheur, si possible.

Un test qui ne finit jamais

J’ai avancé avec des essais-erreurs. Mais ce n’est pas justement ce que font les nouveaux parents? J’ai avancé en gardant l’œil ouvert.

Mon amoureuse et moi, nous nous étions mis d’accord sur le fait que ça devait bien aller autant entre nous deux qu’à quatre. Facile, donc, de se sentir, pendant un moment, comme sur un siège éjectable. Se sentir comme un employé à l’essai qui ne sait pas s’il passera le cap temporel pour ne plus être étiqueté « à l’essai ».

Mais dans cette aventure, j’y suis allé comme je le sentais. Et je peux vous confirmer aujourd’hui que depuis le jour du pique-nique familial, je suis un papa adopté heureux. JeuneHomme et JeuneFille ont grandi, moi aussi. Je suis fier du travail que nous avons fait ensemble. Je savoure chaque moment à parler de Black Sabbath et à jouer de la guitare avec JeuneFille. Je souris chaque fois que JeunneHomme vient me consulter sur un superhéros, comme si j’étais le plus grand spécialiste. Je suis heureux de me promener dans les salons du livre en famille, parce que nous sommes quatre à aimer les livres. Je suis chaque fois de plus en plus surexcité à l’idée de repartir en voyage à quatre. J’aime travailler dans mon bureau et entendre JeuneHomme et JeuneFille inventer des histoires et les dessiner dans la pièce juste à côté. J’adore les films collés, avec mon amoureuse qui s’endort après quinze minutes, avec JeuneHomme qui se lève debout et s’exclame quand il est trop dedans, avec JeuneFille qui entre en dessous de mon bras en m’étirant deux trois côtes au passage quand elle pense qu’elle aura peur de ce qui s’en vient.

Être vraiment adopté

Pour être honnête, tout cela ne s’est pas réalisé sans houle, mais, heureusement, j’ai fini par comprendre que les enfants allaient aussi m’aider à devenir un papa, que je ne ferais pas ça tout seul. Mon amoureuse aussi a mis son expérience de mère à ma disposition. Nous avons travaillé en famille.
Ce n’est donc pas le cri d’un nouveau-né qui a fait de moi un papa, mais le sourire de mon amoureuse, les yeux lumineux de JeuneFille, ainsi que l’autorisation de JeuneHomme à me laisser jouer avec ses petites autos.

Un jour tu rêves d’être vraiment en amour. Un jour tu rêves d’être père. Un jour tu te demandes si tu en auras la chance. Un jour tu te retrouves papa de deux enfants en l’espace de quelques secondes et trois sourires. Ça, c’est moi. Et cette aventure, je la nomme Le bonheur.

Pierre Labrie

Pierre Labrie écrit autant pour les adultes, les ados, les jeunes, que pour les tout-petits. Ses livres ont souvent comme trame l’importance des communications. Dans son livre Nous sommes ce continent, il traite de la relation d’un ado avec ses parents et ceux qui l’entourent. Puis, dans les séries d’albums Les 4 Super et Salto, un espace important, autant dans le texte que dans l’image, est alloué pour favoriser des discussions entre l’enfant et l’adulte. Pierre Labrie a plus d’une vingtaine d’ouvrages à son actif, dont la série pour adolescents Sur la route. Il a reçu plusieurs récompenses, notamment le prestigieux Prix Rina-Lasnier en 2011, pour son livre Mémoires analogues et, en 2005, le prix de littérature Gérald-Godin pour son livre À minuit, changez la date. Pierre Labrie adore la musique (rock, punk, métal, jazz et techno), les livres, le cinéma, l’art actuel et il aime nourrir les extraterrestres réfugiés sur Terre qu’il cache dans son placard. Pierre Labrie rit tous les jours. Visitez le site web de Pierre Labrie pour le découvrir davantage!

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