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Le défi des garçons à l'école

Les statistiques le confirment, les garçons ont plus de difficulté à l’école que les filles. Quelles en sont les raisons et que peut-on faire pour les aider?

La situation des garçons à l’école est bien peu abordée au Québec et pourtant, de tous les jeunes identifiés comme étant en difficulté scolaire, 69 % sont des garçons. De plus, de tous les jeunes sous médication, seulement 30 % sont des filles et c’est un garçon sur trois qui n’aura aucun diplôme à la fin de son parcours scolaire. Ces trois chiffres sont alarmants selon le Dr Égide Royer, psychologue, professeur titulaire en adaptation scolaire à la Faculté des sciences de l'éducation de l'Université Laval et auteur du livre Leçons d’éléphants : Pour la réussite des garçons à l’école qui cherche des moyens d’améliorer cette situation, sans enlever de services aux filles.

Les chiffres sont tout aussi mauvais pour les garçons qui se rendent jusqu’à l’université. En effet, selon le Dr Royer, seulement 25 % des garçons obtiennent un Baccalauréat contre 41 % des filles. « C’est une nette amélioration pour les filles, mais les garçons plafonnent depuis des années et c’est à cause des retards en lecture. Dès la première année, il faudrait qu’un garçon sache lire et voie des modèles de réussite. »

Lire

Monsieur Égide Royer considère en effet que la réussite des garçons commence par la lecture. « Quand les garçons n’ont pas de modèle à la maison qui aime lire, ils ont moins de chance de réussir », nous a-t-il dit.

Selon ses recherches, les garçons ont environ un an et demi de retard sur les filles en lecture et en écriture, et ce, qu’ils soient en difficulté ou non.

« Il est impératif d’agir très très tôt sur les problèmes de langage et de lecture », affirme M. Royer. Afin de nous aider à comprendre l’importance d’intervenir, il écrit : « Imaginez une minute que vous êtes médecin et que plusieurs études importantes en arrivent à la conclusion irréfutable que les personnes d’un âge et d’un sexe donnés courent un risque de 50 % plus élevé que les autres de développer une maladie spécifique. Considérez ensuite qu’une personne de ce groupe d’âge et de ce sexe se présente à votre cabinet pour une consultation. Il relèverait de l’inconscience professionnelle de ne pas en tenir compte au moment de lui faire un examen médical de routine ou de lui prodiguer des soins. »

Donner l’exemple

Selon Égide Royer, la qualité des enseignants et le modèle que représentera l’enseignant en question sont des facteurs importants de la réussite des garçons. « Si un garçon ne voit jamais son père lire et n’a aucun modèle masculin à l’école, il aura de la difficulté à accorder autant d’importance à l’instruction ».

Quelle est la solution? Selon M. Royer, il faudrait valoriser le rôle des hommes dans l’éducation. « Le nombre de professeurs masculins diminue au primaire et c’est un métier surtout occupé par les femmes. Dès le Baccalauréat en enseignement, les jeunes hommes trouvent parfois difficile de n’étudier qu’avec des femmes et réalisent que ce sera la même chose une fois sur le marché du travail. » Selon Monsieur Royer, d’autres difficultés entrent en ligne de compte. Par exemple, le fait que les professeurs masculins sont douteux aux yeux de certaines personnes complique la tâche quand vient le temps de consoler des petits ou de les retenir quand ils tombent, notamment en éducation physique. « De nombreux professeurs à travers la province évitent même de sortir les trampolines et le cheval d’arçon pour ne pas avoir à gérer cette problématique ».

La nature de l’homme

Plusieurs anciens professeurs des séminaires affirment qu’ils obtenaient de bons résultats en envoyant les jeunes hommes courir dans la cour pendant quelques minutes quand ils n’étaient plus capables de se concentrer et Égide Royer abonde dans le même sens. « Notre espèce n’a pas beaucoup changé depuis 100 000 ans. Une des preuves de cette similitude étant les nausées ressenties pendant la grossesse qui empêchaient les femmes d’intoxiquer le fœtus avec de la viande et des noix. À cette époque, les hommes étaient des chasseurs, il est donc normal que les garçons trouvent difficile de rester assis pendant de longues périodes. »

Selon Égide Royer, la rigidité du système scolaire et le refus de reconnaître ces différences entre les filles et les garçons rappelle un peu le Syndrome de Ford lors du lancement du modèle T en 1908 : « Henry Ford disait à qui voulait l’entendre que tous ses clients pouvaient avoir une auto de la couleur de leur choix, pour autant que cette couleur soit noire. Il l’avait choisie par efficacité, car elle séchait plus vite. Il est dangereux d’appliquer la même maxime en éducation, tout particulièrement pour les garçons. »

La présence des hommes au Québec

Il est intéressant de savoir que la situation des garçons n’est pas la même dans le reste du Canada, même chez les Franco-ontariens et les Franco-Manitobains. « Au Québec, il existe bien peu d’exemples de réussite masculine dans la culture populaire. Les séries qui ont eu le plus de succès chez nous racontent l’histoire de femmes extraordinaires qui ont courageusement élevé leurs enfants malgré un père absent », explique Monsieur Royer.

Selon lui, le fait qu’un adulte prenne l’enfant sous son aile est un facteur important de réussite, notamment dans les milieux défavorisés où, tristement, « les mères sont souvent seules avec leur enfant et les gangs de rue viennent trop souvent remplacer le poste de modèle masculin abandonné par le père absent ».

Contrairement à ce qu’on retrouve aux États-Unis, il existe bien peu de programmes au Québec visant à corriger le tir. Monsieur Royer a déjà tenté, en vain, d’imiter le programme Call-me mister visant à dépister de futurs enseignants dans nos écoles, mais sans succès. « L’idée n’a pas bien été accueillie, malgré le fait que sur nos 900 programmes de bourses, seulement 90 visent les garçons ».

Par Anne Costisella

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