Papa

Les enfants-rois

Nous entendons de plus en plus souvent cette expression pour qualifier les enfants à qui tout est permis et qui revendiquent haut et fort leur droit à avoir tout, tout de suite!

L’enfant naît petit roi!

Tout d’abord, il est important de savoir que l’enfant naît roi, donc en étant convaincu d’être le centre de l’univers, et que ce sont les situations et les conditions éducatives dans lesquelles il grandira qui feront en sorte qu’il restera roi… ou pas!

Le nourrisson pleure et crie pour faire savoir qu’il souhaite que ses besoins soient répondus immédiatement, et ça, on n’a aucune difficulté à le comprendre comme parent! Par contre, en grandissant, l’enfant devrait comprendre peu à peu qu’il ne peut pas tout avoir. Mais pour ce faire, il a besoin de balises claires, d’un adulte pour lui mettre des limites.

De 2 à 4 ans, l’enfant vit une période d’impulsivité qui est très difficile à vivre pour bien des parents. Du tout-petit qui demande des câlins et qui a tant besoin de ses parents, il devient un petit être qui s’affirme, qui crie, pousse, frappe et tape du pied lorsqu’il n’est pas content. Plusieurs parents sont découragés par ce changement drastique de personnalité et souhaitent retrouver l’harmonie et la paix d’avant. Le danger qui guette ces parents est de se retrouver à acheter cette précieuse paix! Et à long terme, sans cadre éducatif clair, l’enfant reste roi, continuant de croire qu’il est le maître du monde!

Les situations « à risque »

Voici quelques situations qui selon Gilbert Richer, un psychologue ayant écrit sur le sujet, peuvent influencer ou amplifier le phénomène de l’enfant-roi :

La difficile conciliation travail-famille : Les parents tentent de compenser le peu de disponibilité qu’ils ont en offrant à l’enfant tout ce qu’il désire. Plusieurs parents disent aussi ne pas avoir envie de passer les trop rares moments passés avec leur enfant à faire de la discipline.

La dénatalité et l’enfant unique : Comme il y a moins d’enfants par famille, et beaucoup de familles avec un seul enfant, le ou les enfants deviennent le centre exclusif d’attention des parents. Les enfants uniques développent aussi moins facilement le sens du partage et la tolérance à la frustration.

La maternité tardive : Que ce soit parce que les parents ont reporté à plus tard le projet d’avoir des enfants, ou parce qu’un petit dernier s’est pointé le bout du nez par surprise plusieurs années après les autres enfants, c’est aussi un facteur qui influence le degré d’attention et de surprotection qu’on offrira à l’enfant.

La maternité adolescente : Certaines mères vivent l’expérience de la maternité à l’adolescence après avoir eu une enfance mouvementée et difficile. Plusieurs d’entre elles auraient alors tendance à donner à leur enfant tout ce qu’elles n’ont pas eu.

Monoparentalité et familles recomposées : Les enfants qui vivent avec un seul de leur parent à la fois, en garde partagée, voient multiplier pour eux les possibilités de négociations avec leurs parents. Certains d’entre eux développent vite le réflexe de se tourner vers l’autre parent lorsqu’ils ont essuyé un « non » du premier. Quant aux monoparentaux, ils se sentent souvent dépassés par leur charge de travail en étant seuls pour voir et pourvoir à tout. Ils assouplissent bien souvent la discipline et les règles familiales au détriment du besoin d’encadrement de l’enfant.

Prévenir… et guérir!

Si votre enfant est dans la phase cruciale du 2 à 4 ans, c’est le bon moment pour instaurer une discipline familiale, ce qui ne veut pas nécessairement dire être autoritaire, mais plutôt trouver le juste équilibre entre la fermeté et la souplesse. Mettre un cadre clair à l’enfant, des règles à respecter. Mais aussi de lui permettre de vivre des expériences d’autonomie et de découvertes sans essuyer un refus systématique. En voici quelques exemples :

Zachary aime beaucoup fouiller dans les tiroirs et les armoires. Ses parents lui ont interdit de le faire dans certaines pièces de la maison, mais lui ont réservé une armoire de cuisine (remplie de plats en plastique) et un tiroir de sa chambre (rempli de toutous) où il peut s’en donner à cœur joie pour tout vider et remplir!

Mathilde refuse de mettre les vêtements que sa maman a choisis et c’est la crise chaque matin. Sa maman a commencé à choisir avec elle ses vêtements la veille avant de se coucher en lui offrant le choix entre deux ensembles. Mathilde choisit celui qu’elle souhaite et le lendemain, elle doit les mettre. Sa maman aura la difficile tâche de maintenir ce choix en rappelant à Mathilde que c’est sa décision.

Viktor fait des crises en public pour l’achat d’une babiole. Ses parents préviennent maintenant les coups en lui disant à l’avance, avant de partir pour les courses, qu’ils diront non pour cela, mais qu’il pourra par exemple choisir la boîte de biscuits à l’épicerie. Avec le temps, Viktor comprendra que ce que ses parents décident est maintenu et les crises diminueront peu à peu.

Et s’il est déjà roi?

Si, pour une des situations mentionnées précédemment, votre enfant est devenu un petit roi, sachez que tout n’est pas perdu!  Votre enfant par contre devra repasser à travers la difficile étape d’agressivité et d’impulsivité qu’il n’a pas vécue dans toute sa mesure puisque les crises étaient étouffées par un parent qui répondait à ses moindres désirs. Il vous faudra donc faire face à un enfant qui fera des crises, qui s’opposera très fortement aux limites que vous essayez de lui mettre. Mais en étant convaincu vous-même des raisons qui vous motivent à changer, votre enfant comprendra lui aussi que c’est par amour et pour son bien-être que vous agissez ainsi!

Besoin de support?

Plusieurs organismes communautaires offrent aux parents des sessions du programme Y’APP (Y’a personne de parfait!), qui sont des séries de 6 à 10 ateliers où les parents peuvent échanger avec une intervenante et plusieurs autres parents sur des sujets variés touchant la vie familiale, entre autres sur la discipline et le comportement de l’enfant. Informez-vous auprès d’une maison des familles ou du CLSC de votre territoire.

Éducation coup-de-fil peut également être d’une grande aide pour un parent désemparé par le comportement de son petit. C’est avant tout un service d’écoute et de support téléphonique qui s’adresse aux parents d’enfants de tous âges. En plus du service en ligne, ils offrent occasionnellement des ateliers, conférences ou cafés-rencontres sur des sujets rejoignant les préoccupations des parents.

Lecture inspirante

Par le bout du nez, Gilbert Richer, Éditions Option Santé, ISBN : 9782922598230, 22,95 $

Par le bout du nez est un livre présentant d’abord aux parents ainsi qu’aux intervenants sociaux les grands paramètres d’une éducation réussie en expliquant le moment précis où s’enracine l'enfant-roi.

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